En République de Guinée, pays d’Afrique de l’Ouest marqué par son histoire politique mouvementée, une nouvelle génération se lève pour réclamer justice, liberté et égalité. Parmi ces voix courageuses, celle de Tiguidanke Tounkara, jeune militante de 18 ans, résonne avec force et émotion.

Symbole d’une jeunesse guinéenne qui refuse la soumission, Tiguidanke s’est engagée très tôt pour la défense des droits des femmes et des libertés fondamentales. Mais ce combat lui a coûté cher : arrestations, violences, menaces et, finalement, l’exil.

Récemment, notre rédaction a recueilli le témoignage poignant de cette jeune fille brisée par la répression, mais toujours debout, déterminée à se reconstruire et à poursuivre sa lutte pour la dignité humaine.

Le 19 juin 2020, à Dalaba, Tiguidanke Tounkara, alors âgée de 18 ans, participe à une manifestation pacifique organisée par le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) contre le troisième mandat du président Alpha Condé. Son seul tort : avoir cru en une Guinée plus juste et plus libre.

Quelques jours plus tard, le 17 août 2022, elle prend part à une autre manifestation pacifique du FNDC, cette fois pour demander la libération de camarades injustement arrêtés. Là encore, la répression est violente : gaz lacrymogène, jets d’eau chaude, dispersion brutale de la foule. Malgré le renversement du régime d’Alpha Condé par les militaires, censé mettre fin aux abus, le climat de peur et de répression perdure. Face à cette escalade, Tiguidanke prend la décision douloureuse de quitter la Guinée, espérant trouver ailleurs un refuge sûr.

À partir de ce moment, les menaces, la surveillance et le harcèlement ne cessent plus. Son engagement et son dynamisme font d’elle une cible privilégiée. Elle sera arrêtée et torturée à nouveau, des substances brûlantes versées sur son corps pour la forcer à avouer des actes qu’elle n’a jamais commis. Aujourd’hui encore, les cicatrices de ces violences demeurent, témoignant du prix payé pour ses convictions.

Née le 14 octobre 2004 à Pita, Tiguidanke grandit à Dalaba avec un rêve : voir les femmes et les filles occuper la place qu’elles méritent dans la société guinéenne. Élève au lycée Béhenzin et membre du Club des Jeunes Filles Leaders de Guinée, elle s’engage très tôt dans la défense des droits des femmes, notamment la lutte contre les mariages forcés, les mutilations génitales féminines et les violences basées sur le genre.

Mais dans son pays, militer pour la justice, c’est s’exposer à la répression. Arrêtée, torturée et humiliée à plusieurs reprises, Tiguidanke voit sa maison incendiée, sa famille dispersée et ses rêves d’avenir s’effondrer. Malgré la peur, elle continue à se battre pour les siens, pour la liberté, pour l’égalité.

« Partir était la seule manière de rester en vie », confie-t-elle aujourd’hui, la voix brisée par l’exil.

Réfugiée loin de sa terre natale, Tiguidanke n’aspire désormais qu’à une chose : vivre librement, poursuivre ses études et reconstruire sa vie. Son témoignage incarne le combat silencieux de milliers de jeunes Guinéennes qui, chaque jour, osent parler malgré la peur.

Dans une République de Guinée où la parole féminine dérange encore, Tiguidanke Tounkara demeure le symbole d’une génération qui refuse de se taire : une jeunesse blessée, mais debout.

Par Ramatoulaye Bah pour Essentielinfos.net