La question de la rémunération et de l’insertion professionnelle des jeunes s’est invitée au cœur du Grand forum « Jeunesse et avenir ». Lansana Béa Diallo a tiré la sonnette d’alarme sur les faibles salaires pratiqués dans certains secteurs, appelant les pouvoirs publics et les entreprises à mieux reconnaître la contribution des jeunes à la création de richesse.
À la veille de la célébration du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, le Comité stratégique de Simandou a organisé, ce mercredi 30 septembre 2026, le Grand forum « Jeunesse et avenir », dans le cadre de la première édition de PRIME (Programme de Révélation de l’Identité par la Marque et l’Excellence). La rencontre a réuni plusieurs hauts responsables de l’État ainsi que des acteurs du secteur privé autour des enjeux liés à la jeunesse, à l’emploi et au développement du capital humain.
Prenant la parole devant notamment le Premier ministre Amadou Oury Bah, le ministre directeur de cabinet à la Présidence de la République, Djiba Diakité, le ministre secrétaire général de la Présidence de la République, Amara Camara, la ministre de l’Enseignement supérieur, Djami Diallo, et le ministre secrétaire général du Gouvernement, Tamba Benoît Kamano, le ministre de la Jeunesse, Lansana Béa Diallo, a vivement interpellé les acteurs économiques sur les conditions de rémunération de certains jeunes travailleurs.
Le ministre a notamment cité le cas d’une société de sécurité dans laquelle, selon lui, des jeunes seraient rémunérés à hauteur de 600 000 francs guinéens, alors que leur activité permettrait à l’entreprise de générer jusqu’à 2,5 millions de francs guinéens.
« Les gens sont mal payés quand ils travaillent ici, dans les entreprises privées. Dans une société de sécurité, des jeunes sont payés à 600 000 francs guinéens alors qu’ils rapportent 2 500 000. C’est un scandale, Monsieur le Ministre. »
Pour Lansana Béa Diallo, cette situation soulève la question du partage de la richesse produite par les travailleurs et de la nécessité d’instaurer un meilleur équilibre entre les revenus des entreprises et la rémunération de leurs employés.
« Il faut que les entrepreneurs comprennent une chose : quand tu as 100, c’est 90 % que tu as donné aux gens qui travaillent, et 10 % dans ta poche. Aujourd’hui, c’est l’inverse, et c’est une réalité. »
Il a ainsi appelé les pouvoirs publics à assumer pleinement leur rôle dans la régulation du marché du travail et l’amélioration des conditions de vie des jeunes.
« C’est notre responsabilité de réglementer cela et de faire en sorte que les jeunes soient dignes. Quand tu travailles pour 600 000 francs et que tu te déplaces tous les jours, à quoi te servent ces 600 000 francs ? Ils ne te servent à rien. »
Le ministre a également fait état des nombreuses interpellations dont il dit faire l’objet sur cette question.
« Les gens me disent tout le temps : “Il faut que ça s’arrête.” Il faut que ça s’arrête. Nous avons un pays extraordinaire, un potentiel extraordinaire, mais il faut tirer tout le monde vers le haut. »
Abordant ensuite sa conception du partage, Lansana Béa Diallo a expliqué que son rapport à la richesse repose davantage sur la redistribution que sur l’accumulation personnelle.
« On me traite de socialiste, on me traite de communiste, mais j’ai toujours été indépendant. J’ai toujours été indépendant, et mon indépendance se manifeste par le fait que je partage. »
Il a, dans la même veine, évoqué son parcours personnel et son rapport à l’argent.
« J’ai gagné beaucoup d’argent dans ma vie, wallahi, beaucoup. Mais j’ai donné 80 % de ce que j’ai gagné parce que j’estime que je n’ai pas besoin de tout cela. Je n’ai pas besoin d’avoir dix voitures ni cinquante maisons. Qu’est-ce que je vais en faire ? Je vais mourir ? J’en ai vu beaucoup qui sont morts avec tout cela. Où sont-ils ? »
Au-delà de la question salariale, le ministre a placé le débat dans une perspective plus large, celle de la transformation du potentiel minier de la Guinée en opportunités durables pour sa population. Il estime que les ressources du sous-sol doivent contribuer au développement du capital humain et à l’émergence d’une économie davantage portée par les compétences nationales.
« S’il vous plaît, notre richesse du sous-sol doit contribuer à faire grandir la richesse qui se trouve au-dessus du sous-sol : nos femmes, nos hommes et notre jeunesse. »
Une telle transformation, a-t-il souligné, nécessitera du temps, de la formation, des investissements et une meilleure articulation entre les compétences disponibles et les besoins réels de l’économie.
« Cela ne se fera pas en un jour. Cela demande du travail, de la formation, des investissements, des partenaires et surtout une connexion beaucoup plus forte entre la formation, les compétences et les besoins réels de notre économie. »
Dans cette perspective, Lansana Béa Diallo a également exhorté les entreprises et les partenaires à accorder davantage de confiance aux jeunes, notamment à ceux qui ne disposent pas encore d’une expérience professionnelle significative.
« Quand un jeune vient vers vous, écoutez-le, même s’il n’a pas encore toutes les compétences, même si son CV n’est pas parfait, même si son projet doit être mûri. »
Pour lui, les entreprises doivent contribuer davantage à la formation et à l’insertion des jeunes en multipliant les stages, les premières expériences professionnelles et les mécanismes de mentorat.
« Derrière un CV, il y a parfois un potentiel que le papier ne montre pas toujours. Donnez des stages, donnez une première expérience, proposez du mentorat et ouvrez vos entreprises aux jeunes. »
Le ministre a toutefois rappelé que la problématique de l’emploi des jeunes ne saurait être résolue par l’administration seule. Elle nécessite, selon lui, une mobilisation de l’ensemble des acteurs.
« Lorsque vous voyez un talent, donnez-lui sa chance. Nous ne pourrons pas résoudre la question de l’emploi des jeunes uniquement depuis les bureaux de l’administration. »
Cette responsabilité, poursuit-il, incombe aussi bien à l’État qu’aux entreprises, aux partenaires et aux jeunes eux-mêmes.
« L’État a sa responsabilité, les entreprises ont leur responsabilité, nos partenaires ont leur responsabilité et les jeunes ont également leur responsabilité. »
Pour Lansana Béa Diallo, c’est précisément dans la convergence de ces responsabilités que doit s’inscrire la vision Simandou 2040. Une vision qui, selon lui, ne devrait pas se limiter à l’exploitation des ressources minières, mais viser la création d’un tissu économique national capable de générer des compétences, des emplois et de la valeur ajoutée.
« C’est lorsque ces responsabilités se rencontrent que l’opportunité apparaît. C’est aussi là que la vision Simandou 2040 prend tout son sens. »
En définitive, le ministre a appelé à faire de l’exploitation minière un levier de transformation du capital humain et de consolidation du secteur privé national.
« Notre ambition ne peut pas être simplement d’extraire les minerais. Notre ambition doit être de faire émerger des compétences, des techniciens, des ingénieurs, des entrepreneurs, des innovateurs et des entreprises guinéennes capables de grandir. »




